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Soutien

Une déprogrammation qui interroge

Prisme apporte son soutien à l’équipe d’Amazonia

Publié le 6 octobre 2026

Le théâtre est-il fait pour divertir ou peut-il aussi déranger, questionner, mettre en débat notre société ?

À cette question, nous répondons sans hésiter : le théâtre est un espace de liberté. Un espace où les artistes peuvent porter un regard sur le monde, raconter des réalités parfois invisibles, faire entendre des voix différentes et susciter la discussion.

C’est précisément ce que propose Amazonia, spectacle de Jean-Baptiste Delcourt, porté par les compagnies Grand-Angle et La FACT et interprété par Aurélien Labruyère.

Un théâtre qui raconte le monde du travail

Inspiré du parcours de Christian Porta, salarié français engagé dans une lutte syndicale au sein d’un entrepôt de distribution, Amazonia plonge dans l’univers de la logistique et interroge les conditions de travail, les rapports de pouvoir et les mécanismes qui peuvent conduire un individu à se dresser contre un système.

Le spectacle prend la forme d’un théâtre documentaire, nourri de faits réels. Il raconte le parcours d’un homme qui se fait embaucher dans un entrepôt du géant de la distribution avec l’intention d’y organiser les travailleurs. Alors qu’il est proche d’obtenir une promotion, son engagement est découvert et il est licencié. S’ouvre alors un combat juridique devant les prud’hommes.

Loin de proposer un discours univoque, le spectacle cherche à faire entendre une expérience du monde du travail et à donner matière à réflexion. Il a notamment été présenté en Belgique et en France dans des lieux culturels, des scènes nationales et des structures associatives.

Une déprogrammation pour des raisons politiques

Le spectacle devait être présenté le 1er avril 2027 au Théâtre Mac-Nab de Vierzon, dans le cadre de la saison culturelle 2026-2027 de la ville. Il figurait dans la programmation officielle et la billetterie avait été ouverte.

Le 21 septembre, la compagnie a appris que le spectacle ne serait finalement pas présenté à Vierzon.

Selon le directeur de cabinet du maire, interrogé par Mediapart et Le Monde, la nouvelle municipalité souhaite « dépolitiser » la programmation du théâtre et ne pas programmer de spectacles considérés comme politiques ou clivants. La mairie présente cette décision comme un choix relevant de la nouvelle orientation culturelle de la commune. Elle conteste en revanche l'idée d'une censure.

Pour Aurélien Labruyère et la compagnie Grand-Angle, la justification est clairement politique. Ils dénoncent une atteinte à la liberté de création et envisagent, selon Le Monde, les recours qu'ils pourraient entreprendre.

La situation a rapidement suscité des réactions au-delà de Vierzon. La ville de Bourges a notamment proposé d'accueillir le spectacle au printemps 2027, estimant que lorsqu'un spectacle est empêché pour des raisons politiques, la réponse doit être de lui ouvrir une autre scène.

Quand la culture devient un espace de débat

Au-delà du cas particulier d'Amazonia, cette affaire pose une question essentielle : qui décide de ce qui peut être montré sur une scène publique ?

Une programmation culturelle n'est évidemment jamais neutre. Les artistes choisissent leurs sujets, les programmateurs leurs spectacles, les lieux leurs projets. Mais cette liberté de programmation a précisément pour fonction de permettre la diversité des regards et la rencontre avec des œuvres qui ne correspondent pas nécessairement aux convictions de chacun.

Le rôle d'un théâtre n'est pas de dire au public ce qu'il doit penser. Il est de lui permettre de penser, de ressentir, de questionner et parfois de ne pas être d'accord.

Le théâtre peut être drôle, léger, spectaculaire. Il peut aussi être politique, social, documentaire, poétique, dérangeant ou engagé. Cette diversité fait sa richesse.

C'est pourquoi le Théâtre de Namur (Prisme) souhaite témoigner sa solidarité à la compagnie Grand-Angle et à toute l'équipe d'Amazonia.

Nous réaffirmons notre attachement à une création artistique libre, ouverte et engagée, et à des lieux culturels qui demeurent des espaces de rencontre, de pensée et de confrontation des points de vue.

Parce qu'un spectacle qui nous interroge n'est pas nécessairement un spectacle qui nous divise.

C'est aussi cela, le théâtre : un endroit où l'on peut regarder le monde autrement.

 

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